Pour une Association des écrivains publics de Belgique

Pour une association professionnelle des écrivains publics de Belgique

Résumé

En Belgique, l’activité des écrivains publics reste juridiquement non-définie et non reconnue. Une association professionnelle des écrivains publics belges pourait:

      • défendre la profession
      • exercer un contrôle déontologique sur la profession
      • soutenir à la mise en place de filières de formation
      • délivrer une certification
      • Créer un annuaire de la profession

 

1. La situation en Belgique

Dans son article « Ecrivains publics à Bruxelles »(1) Amélie DAEMS note: « En Belgique, l’activité des écrivains publics reste juridiquement non-définie et non reconnue. Ignorés, ceux-ci sont contraints à professer dans une sorte de flou légal. Il n’y a pas d’accès à la profession et toute personne est autorisée à se déclarer écrivain public à titre indépendant Aucune spécificité n’est reconnue à la profession (aucun diplôme particulier n’est requis) puisque d’autres travailleurs sociaux (assistants sociaux, conseillers juridiques,…), sortant d’un enseignement officiel et exerçant dans un cadre légalisé, répondent quotidiennement à des demandes de môme type.

En réalité, deux situations coexistent: soit l’écrivain public travaille sous statut indépendant, soit il exerce en tant que bénévole ou salarié pour une association ou un organisme public. Dans le premier cas, aucun statut spécifique ne lui est reconnu. A chacun sa libre appréciation concernant les limites de son action, son éthique professionnelle, ses tarifs, vu qu’aucun code ne fixe le rôle qui est attribué en propre à l’écrivain public et les limites dans lesquelles il peut l’exercer. Dans le second, il est engagé par une ASBL, un CPAS, une Maison de quartier… Son statut juridique est alors déterminé par la structure dans laquelle il exerce. Avant d’être écrivain public, il est un agent de l’institution et doit exercer sa fonction suivant les compétences, les règles déontologiques et les principes qu’elle lui a fixés. »

2. La situation en France

En France la profession est structurée autour de deux organisations professionnelles l’AEPF et le GREC, un Syndicat National des Prestataires et Conseils en Ecriture (SNPCE) et plusieurs formations universitaires.

La profession n’est pas réglementée et chacun peut s’installer sans contraintes. L’agrément de l’AEPF ou la certification du GREC apportent cependant la reconnaissance d’une association professionnelle, attestent des capacités rédactionnelles de l’écrivain et donne à la clientèle une garantie de compétences.

2.1. L’Académie des écrivains publics de France (AEPF)

L’AEPF est une association professionnelle fondée en 1980. Ses objectifs principaux sont la promotion de la profession d’écrivain public, le conseil aux nouveaux agréés et la représentation de ses adhérents. L’AEPF est doté d’une charte déontologique et délivre un « agrément » après passage d’un examen (Epreuves écrites et orales). http://ecrivains-publics.fr

2.2. Le Groupement des écrivains conseils (GREC)

Le GREC est une association professionnelle fondée en 2002. Ses objectifs principaux sont de rassembler, représenter et défendre les Ecrivains conseils® en activité, d’organiser la profession vis-à-vis des tiers et de promouvoir son image. Le GREC est doté d’une charte déontologique et délivre une « certification » démontrant la capacité des certifiés à produire des écrits de qualité. La procédure comprend notamment la rédaction d’un mémoire. http://www.ecrivainsconseils.net/

2.3. Le Syndicat National des Prestataires et Conseils en Ecriture (SNPCE)

Le Syndicat national des prestataires et conseils en écriture « a pour but de représenter et défendre les droits et intérêts de la profession, notamment auprès des pouvoirs publics, par tous les moyens qu’il jugera utiles. » Le SNPCE effectue une distinction entre « écrivain public » et « prestataire et conseil en écriture (PCE) ». « PCE » est le terme générique choisi par le SNPCE pour nommer les professions qu’il souhaite représenter : écrivains publics mais aussi écrivains conseils®, biographes, écrivains privés, écrivains de famille, conseils en communication écrite, concepteurs et animateurs d’ateliers d’écriture, correcteurs, rewriters… http://www.snpce.fr/

2.4. Les formations universitaires

La majorité des écrivains publics a suivi une formation littéraire générale (lettres, philo, histoire, langues…). Il existe aussi des formations spécifiques relatives au conseil en écriture. Notamment:

3. Les missions d’une association professionnelles

Les associations professionnelles sont la « voix » des professionnels qu’elles représentent. Quasiment toutes les professions ont une ou plusieurs des associations professionnelles.

Les missions possibles d’une association professionnelle:

  • Promouvoir et défendre la profession;
  • Produire de l’information sur la profession (études, thèse);
  • Créer un annuaire de la profession;
  • Délivrer de l’information aux professionnels;
  • Mettre les professionnels en relation les uns avec les autres;
  • Délivrer une certification (ou agreement) qui atteste des compétences des professionnels auprès du public et des employeurs;
  • Encourager et soutenir la mise en place de formations professionnelles;
  • Rédiger une charte déontologique.

4. Plus qu’un « écrivain public », un « écrivain conseil » (3)

La fonction exercée par le professionnel doit être précisé ainsi que le nom de la profession. « Ecrivain Public » fait référence au passé, porte une image modeste voire assez misérable et évoque un travail tourné vers la rédaction de lettres à caractère social. A l’inverse, il peut être opportun d’ancrer la profession dans le XXI siècle en lui donnant une image plus moderne et en élargissant le périmètre potentiel de ses interventions. Les termes possibles pourraient être « prestataire et conseil en écriture » ou « écrivain conseil » pour englober les écrivains publics, biographes, écrivains privés, conseils en communication écrite, animateurs d’ateliers d’écriture, correcteurs…

5. Plus qu’un « métier », « une profession » (3)

Il convient sans doute de situer l’activité d’écriture dans le cadre valorisant d’une « profession » plutôt que dans celui d’un « métier ».

Une profession est caractérisé par:

  • une activité essentielle à la société
  • une formation spécifique, longue et exigeante (souvent en liaison avec l’université)
  • une grande autonomie de fonctionnement et un jugement éclairé.
  • un sentiment de responsabilité accrue par rapport aux résultats obtenus et un idéal de service, en référence à un code éthique

A l’inverse un métier consiste à l’application de techniques apprises. Par exemple, le médecin exerce une profession alors que l’aide-soignant exerce un métier (moins d’importance, mois de formation, moins d’autonomie, mois de responsabilité)

6. De l’amateurisme à la reconnaissance juridique (3)

C Lessard (2) résume, les étapes identifiées comme prototypiques du processus de professionnalisation et de reconnaisse institutionnelle d’une activité humaine.

Les étapes de la professionnalisation sont:

  • L’exercice de l’activité à titre principal, en étant rémunérés, et non plus en amateurs à titre bénévole. Par exemple, au début du XXIème siècle, l’aide bénévole aux malades s’est transformée en un métier rétribué, celui d’infirmière.
  • L’affranchissement par les praticiens des logiques concurrentes. Par exemple, avant que «maître d’école» ne devienne un métier, ceux qui, dans le village, étaient capables de lire, par exemple les sacristains, recevaient à certains moments les enfants chez eux pour leur apprendre des rudiments de lecture et de calcul. Devenu professionnels, les maîtres d’école se sont différentiel et ont pris leur autonomie par rapport à l’Église et aux corporations professionnelles
  • La formation spécifique, le contrôle de l’entrée dans la profession et la conception d’un code éthique signalant l’engagement à l’égard d’un idéal de service.
  • La constitution en associations visant la reconnaissance, de l’activité professionnelle
  • La reconnaissance juridique du titre et de l’acte professionnel par l’État. L’État confie un mandat aux professionnels reconnus, protégeant la société contre le charlatanisme, l’incompétence ou l’exploitation et assurant à leur groupe une grande autonomie et un contrôle sur la pratique professionnelle. Par exemple, l’enseignement se charge de certification de professeurs, les titres ainsi obtenus ouvrant des droits par rapport aux employeurs publics.

Note 
(1)   « Ecrivains publics à Bruxelles » in Revue TEF (Travail, Emploi, Formation), n°6 – 2006 « Professionnels à tous crins » Cahiers de sociologie et d’économie régionale, Université Libre de Bruxelles. Auteur: Amélie DAEMS Chargée de recherche, Centre de recherche Urbaine, Université Libre de Bruxelles.
(2)   M Tardif et C Lessard (2000). Le travail enseignant au quotidien : Contribution à l’étude du travail dans les métiers et les professions d’interactions humaines. Louvain : De Boeck.
(3)   D’après Jacqueline Beckers (2007), Compétences et identité professionnelles : L’enseignement et autres métiers de l’interaction humaine. De Boeck

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